|
Haute Provence Info,
La Marseillaise, 28 juillet 2006 Lurra au Festivoix Somptueux
final pour cette édition du Festivoix qui vient de baisser ses
volets sur une affluence record et une pléthore d'éloges.
Il est vrai que l'affiche a dépassé en qualité toutes
les espérances. Faire respirer l'âme du peuple basque est
la vocation de cet otxote (otxote = un chur de 8 chanteurs + un
chef de chur), ambassadeur de génie pour un public sidéré
de telle élégance. Chaque voix de l'ensemble pourrait exécuter
des concerts en solo, mais ici les individualités ne s'additionnent
pas, elles se conjuguent à l'image des cordes d'un violon toujours
seules et cependant vibrant de la même harmonie.
Promouvoir une culture, nombreux s'y attachent avec bonne volonté
et des fortunes diverses. Ce chur montre que si le chant est une
rime qui émane de l'intérieur, il doit aussi dépasser
les frontières et atteindre l'homme dans ce qu'il a de plus cher
: sa sensibilité.
Dès les premières paroles chantées, le public est
conquis. " pour connaître les basques, il faut connaître
leurs chansons " écrivait le Père Donostia. Nous sommes
loin des symboles béret et pelote. Pour culminer aux apogées
du plaisir, le spectateur n'a qu'à se rendre disponible et laisser
agir cette alchimie enivrante.
Si le répertoire est peu utilisé, il n'en est pas moins
superbe, en regard de ce qu'il véhicule mais surtout par cette
manière polyphonique qui bouleverse les habitudes. La vocation
élitiste du groupe exclut tout amateurisme, l'artiste professionnel
prend alors toute sa dimension.
Le résultat ne fait pas de détail : les Mées produisent
le seul otxote professionnel existant. Pierre Rousseau, Thierry Tregan,
Sébastien Piazza, Jean Christophe Picouleau ténors, Raoul
du Réau, Patrice Oberling barytons, Alain Delamare, Pierre Vanhoenackère
basses et Jordi Freixa chef de chur constituent un ensemble homogène,
leurs différentes distinctions seraient trop longues à relater.
Né en 2001 le groupe a commencé par une série de
concert dont le nombre a augmenté chaque année. En 2006,
ils en sont à leur 3ème album et une tournée internationale.
Chanter les reflets de l'âme implique, outre les qualités
esthétiques, l'usage de la palette des émotions. Fête
au village, nostalgie, contemplation, mélancolie, l'amour galant
et l'hommage à la Vierge en sont des éléments Reste
le bal des sorcières qui n'a rien de divin, rires et cris plus
vocabulaire accéléré font un temps fort du récital.
Chaque étape de ce voyage fabuleux nous rapproche du ciel, c'est-à-dire
de nous-même. L'infiniment loin et notre modeste personne sont finalement
très proches. Cette musique rend nos montées moins difficiles,
elle régénère et dégage ses effluves de paix.
Final merveilleux, et un et deux rappels, le public debout. Merci messieurs
! Jean Banner
|